Le 23 juin 1974, par un vote historique, les Jurassiennes et les Jurassiens décident de quitter l’Etat de  Berne pour former un nouveau canton, 26557 oui et 9’155 non dans le territoire du nouveau canton.  Le processus qui devra aboutir à la création de la République et Canton du Jura est en marche. En mars 1975, au cours d’un nouveau vote, les districts de Moutier, Courtelary, La Neuveville et Laufon, choisissent de rester dans le giron bernois.

A partir de là, les jeux sont faits et les acteurs pour la mise en place d’un canton à trois districts entrent en scène.

Le peuple jurassien élit l’Assemblée constituante et les différentes commissions chargées de créer l’administration cantonale sont nommées.

Parallèlement les fonctionnaires cantonaux qui travaillent dans les districts de Delémont, Porrentruy et des Franches-Montagnes, rassemblés au sein de l’Association du personnel de l’Etat de Berne (APEB) entreprennent les démarches qui devront aboutir à la création d’une association qui regroupera les nouveaux fonctionnaires jurassiens.

Réunis en assemblée générale le 5 novembre 1976 à Delémont, les fonctionnaires votent à l’unanimité le principe de créer une Association Jurassienne du Personnel de l’Etat. Les membres proposés pour le comité provisoire furent élus par acclamation. Il s’agit de MM. Florian Nicoulin, Paul Wernli, Charles Witschi, Pierre Lovis, Serge Comte, Jean-Claude Joset, Edgar Theurillat, Laurent Piquerez, Gérard Piquerez, Jean-Marie  Voirol, Gérard Letté, Marcel Vallat et  Guy Vallat.

La convocation à l’Assemblée constitutive de « l’Association du Personnel d’Etat du Jura » est adressée

« A tous les magistrats, fonctionnaires, maîtres aux écoles normales et cantonale, cantonniers, gendarmes, gardes-chasse, gardes-pêche, gardes-forestier et autres employés au service de l’Etat en fonction dans les districts de Delémont, Porrentruy et Franches-Montagnes ».

L’assemblée constitutive est fixée le vendredi 6 mai 1977 à 20.00 heures au restaurant de la Poste à Glovelier. 114 fonctionnaires sont présents, l’assemblée est présidée par Florian Nicoulin et le procès-verbal est tenu par Guy Vallat. L’assemblée approuve à l’unanimité les statuts de la nouvelle association. Une polémique survient s’agissant du nom officiel. En effet le Bureau de l’Assemblée constituante s’étonne (nous sommes en 1977) qu’une association envisage de s’appeler « Association du personnel d’Etat du Jura » et propose le nom d’Association du personnel de l’Etat de Berne domicilié dans le futur canton du Jura ».Pour éviter toute confusion l’assemblée adopte la dénomination suivante : « Association Jurassienne du personnel d’Etat ».

Ses buts sont entre autre de développer et d’entretenir parmi les membres la notion de service public et de favoriser l’établissement et le maintien de relations cordiales et de liens de solidarité professionnelle entre les membres de l’association et entre les associations similaires cantonales et fédérales.

L’assemblée proroge également pour 6 mois le mandat du comité provisoire qui est entre autre chargé

  • d’enregistrer les adhésions
  • trouver un arrangement avec l’APEB au sujet des cotisations 1978 afin de pouvoir établir un budget détaillé et fixer la cotisation pour 1978
  • établir une collaboration régulière avec le Syndicat des enseignants jurassiens selon leur demande du 2 mai 1977
  • étudier l’affiliation de notre association soit à la Fédération centrale du personnel des cantons et des communes de la Suisse, soit à l’Union romande et tessinoise des sociétés de fonctionnaires cantonaux (URT).

Il n’est pas possible d’élire un comité définitif dès aujourd’hui parce que nous ne connaissons pas encore le nombre de nos adhérents et qu’il serait dès lors impossible de répartir les mandats au sein du comité selon l’art. 12 des statuts.

Au 31 mai 1977, l’effectif des cantonniers, du corps de police, des magistrats et cadres supérieurs, du personnel administratif, des maîtres des écoles cantonales  ainsi que des gardes et personnel d’exploitation s’élève à 240 personnes.

Le comité décide de former des groupes pour traiter les dossiers sensibles, il s’agit entre autredu passage des fonctionnaires de Berne au Jura, des nouvelles nominations et rapports de service

  • des traitements, vacances, etc.
  • de la caisse de retraite, assurances maladie, accidents, etc.

Chaque groupe établira un catalogue des problèmes afférents à son secteur, aucun groupe ne pourra prendre contact directement avec la Constituante.

En parcourant nos archives, on constate que cette période met fortement à contribution les membres des différents groupes de travail. Les séances se succèdent à un rythme soutenu. En plénum, le comité reprend systématiquement les rapports des groupes, fait les choix et ensuite on se retrouve en négociation avec les commissions respectives de l’Assemblée constituante.

Une première répartition des mandats au sein du comité sera soumise à l’assemblée générale du 28 octobre 1977.

Sur la base des effectifs le comité fera la proposition suivante :

  • 3 mandats au groupe des cantonniers
  • 3 mandats au personnel administratif
  • 2 mandats à la police
  • 2 mandats aux maîtres des écoles normales et cantonale
  • 2 mandats aux magistrats et cadres supérieurs
  • 1 mandat aux gardes chasse, pêche et forêt

Depuis que le comité provisoire est en place, c’est Florian Nicoulin, employé au Registre foncier à Porrentruy, qui en assume la présidence à la satisfaction de tous et qui était pressenti pour prendre définitivement la fonction présidentielle. Pour des raisons personnelles M. Nicoulin ne souhaite pas poursuivre son activité ni dans le nouveau canton ni dans le Jura Sud, il a postulé et a été nommé à l’Autorité de taxation à Bienne. Le comité propose à Paul Wernli, vice-président, d’accepter cette présidence. A l’unanimité, l’assemblée désigne Paul Wernli en tant que premier président de l’AJPE.

Durant l’année 1978 de nombreuses séances ont lieu afin d’essayer de régler des points importants mais aussi des  détails liés à la mise en place de la nouvelle administration, plus précisément en ce qui concerne le statut des futurs fonctionnaires jurassiens. Dans son programme d’activité 1978, le président dit entre autre « notre grand souci, pour ces prochains mois consiste à parfaire la mise sur pied des dispositions transitoires qui permettront d’améliorer les conditions d’engagement ou plutôt de réengagement. Nous poursuivrons nos efforts dans cette direction, lors de nos prochains contacts qui pourront avoir lieu soit avec l’Assemblée Constituante ou ses organes.

Notre nouvelle Association doit se donner pour tâche :

  • de parfaire son organisation interne, afin d’être toujours mieux à même de défendre les intérêts  moraux et matériels de ses membres
  • nous devons apporter une solution au manque d’information de nos membres car nous pensons qu’il s’agit en l’occurrence d’une question primordiale pour la santé de notre association
  • nous devons penser et promouvoir la mise en activité des organes prévus par nos statuts et qui sont : un service d’assistance juridique – une caisse de secours – un fonds de solidarité

Fin de citation

Le secrétaire Guy Vallat, a dressé  un état des démarches entreprises par l’Association jurassienne du personnel de l’Etat auprès de l’Assemblée constituante et de ses organes.  Il en ressort que de décembre 1976 à fin 1978, un courrier volumineux a été échangé, des dizaines de séances bilatérales ont été tenues ce qui a nécessité des centaines d’heures de travail.

Le 24 septembre 1978, le peuple suisse, à une très forte majorité, 1’309’722 oui contre 281’917 non  et tous les cantons acceptent la révision des articles 1er et 80 de la Constitution fédérale : le Jura figure désormais au rang de canton suisse.

Le 19 novembre 1978, le peuple jurassien élit son premier Parlement et le 26 novembre le premier Gouvernement.

Le 1er janvier 1979, la République et Canton du Jura, nouvel Etat de la Confédération helvétique, entre en souveraineté.

Remerciement

L’APJU remercie sincèrement Monsieur Robert Boéchat, ancien secrétaire de l’APJU, qui a consacré une partie de son temps libre à la rédaction de cet historique.